argile rouge

La santé-l'argile rouge

En ce 27 octobre 2012, notre décision est déjà prise,

Dan et moi partons en Côte d'Ivoire pour participer aux funérailles de mon père.

 

Mon père

Gabriel Kouabo Guizot

est donc mort dans la nuit du 10 au 11 octobre 2012.

 

Il est mort à l'hôpital, au CHU de Cocody à Abidjan.

Outre sa tumeur,

j'ai compris qu'il était également mort de déshydration et de faim.

Incapable de manger, de boire, il n'a pourtant pas été placé sous perfusion.

 

Tout ceci met évidemment en exergue, la faible capacité de soins du pays, car il ne s'agit pas là d'un petit hôpital de province, et le manque cruel d'organisation du soin car aucune prise en n'est prévue dans le pays.

 

Je me souviens qu'en 2007, nous avons vu, un soir, le corbillard débouler face à la maison familiale.

Inquiets, nous nous sommes précipités pour comprendre ce qui se passait: une personne venait de mourir dans l'église de Madame. Elle était venue là, comme bien d'autres le font pour "se mettre entre les mains de Dieu", espérant que ses prières associées à celles des autres croyants de l'église pourraient la guérir.

 

La réalité est que dans le désespoir dû au manque d'argent, les gens se réfugient dans les églises et tentent de calmer leur peine et leur douleur en priant, en ne restant pas dans leur maison où de toutes façons, personne ne peut les aider.

Dans le désespoir, les gens s'accrochent à tout mais dans l'inconnu aussi.

 

La santé est très chère en Europe, en France, mais nous sommes si bien organisés, pour le moment encore, que nous pouvons nous soigner. Cela tient à la création de la sécurité sociale, à celle des mutuelles, ou celle de la solidarité nationale; mais cela tient aussi à la confiance que l'on peut avoir en notre médecine, en nos médecins.

Certes, le système n'est pas parfait, les choix thérapeutiques de notre société peuvent être discutés, mais il n'en reste pas moins que globalement, on peut aller voir notre docteur pour une grippe ou une infection urinaire et avoir confiance en son diagnostic et en ses ordonnances.

 

En Côte d'Ivoire, c'est loin d'être le cas.

Quand je suis tombée malade en 2007, piquée par une sorte de guêpe au venin plutôt virulent,  mon père a préféré appeler son cousin, le docteur Gadoue Magloire pour me soigner, qui habitait à Gagnoa si je me souviens bien, c'est-à-dire à environ 40 km de Lakota plutôt que de m'emmener à l'hôpital de la ville.

Pendant ce temps, je délirais, sous le coup d'une forte fièvre, et tous craignaient pour ma vie.

 La-femme-au-pied-blessé.jpg

Femme blessée au pied qui ne parvenait pas à se soigner dans un village proche de Dogohiri.

 

Je me souviens d'une femme que nous avions visitée,

celle-ci s'était blessée à la cheville.

Elle s'était faite soignée dans un dispensaire pas très loin.

Son pansement était effrayant à voir,

trop serré,

personne auprès d'elle ne savait comment le changer,

alors elle le gardait le plus longtemps possible.

Elle avait mal et songeait maintenant à utiliser l'indigénat pour se soigner.

 

 

Je me souviens d'avoir pensé à l'argile et à ses incroyables capacités de régénération. Personne ne semble connaître cette matière sur place ou en tous cas, pas pour ses propriétés thérapeutiques.

Le kaolin, par exemple, une argile blanche, est très utilisé pour se maquiller lors des fêtes.

 maquillage-au-kaolin-Fête de l'Abissa.jpg

Danseurs maquillés de kaolin à la Fête de l'Abissa à Grand-Bassam

 

En parlant de l'indigénat, je sais qu'il existe actuellement des praticiens en la matière qui essaient de faire reconnaître les vertus thérapeutiques des plantes et autres préparations à bases de produits divers. C'est un peu comme en Europe avec la médecine à base de plantes qui veut également se faire admettre dans le cercles des médecines efficaces.

Hélas, ici comme ailleurs, on manque cruellement d'études sur le sujet. De plus, l'action peut être efficace pour l'un et pas pour l'autre. Bref, toujours est-il que la confiance en cette médecine est très variable et souvent liée à la capacité financière à se soigner.

Ou, comme en France, au désespoir de trouver un remède après l'échec de la médecine conventionnelle.

 

Or, sur place,

Comment croire à l'efficacité de la médecine conventionnelle?

Qui peut assurer que les filières de médicaments sont fiables?

Que ceux-ci ne subissent pas d'excès de chaleur par exemple?

Qui s'assure de la déontologie des médecins? Des pharmaciens?

Qui peut assurer que les hôpitaux auront toujours le nécessaire en médicaments et matériel?

Personne.

 

Evidemment, et bien que cela me désole, je ne peux pas faire grand pour changer cela, il s'agit d'un vaste chantier qui a commencé il y a quelque temps mais qui n'est toujours pas finit.

 

Par contre, je peux essayer d'étudier la terre rouge de Lakota, c'est une terre que je soupçonne d'être argileuse, si c'est vraiment le cas, il pourrait être envisageable de l'utiliser pour des soins cicatrisants, à l'échelle du village de Dogohiri pour commencer.

 

la-terre-rouge-de-lakota.jpgTerre rouge à proximité de Dogohiri.
 

 

Infos:

Saisie record de faux médicaments en Afrique:

 

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/10/25/19353-saisie-record-faux-medicaments-afrique

Côte d'Ivoire : l'argile verte soigne en douceur l'ulcère de Buruli:

http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=4210

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